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Fond de dégradé pastel
Fond de dégradé pastel
Une Autruche broché essai 3 (1).jpg

Chapitre 1

Quelle galère ! Je viens de perdre mon emploi de chef de rang au restaurant le Gourmet Enchanteur.

Personne ne m’a défendue lorsque M. Mardinan, ce snobinard chargé d’affaires au ministère des glandus, a pressé mes fesses avec ses longues mains crochues. Surprise, choquée et tremblante de rage, j’ai laissé les assiettes que j’allais servir se fracasser sur le sol. Je me suis retournée et j’ai giflé ce malotru en proférant une myriade d’insultes.

Après s’être excusé de mon comportement auprès de son ami Mardinan, mon patron m’a entraînée par le bras, ou plutôt remorquée dans son bureau comme une vieille charrette.

Ce cher Albert Grivois, il porte bien son nom, celui-là. Quel lèche-cul ! Pour qui se prend-il ce poltron ? Je l’ai secoué comme un prunier pour qu’il retire ses sales paluches.

— Asseyez-vous ! ordonne-t-il.

Pas question d’obéir à ce couard, je le vois venir avec ses gros sabots. Il éprouve de la jouissance à humilier et rabaisser les serveuses. Il a besoin de ça pour se sentir un homme.

Il m’a toujours dégoûtée, mais encore plus à l’heure actuelle.

Je ne lui dois rien et certainement pas la promotion attribuée par son épouse. Malheureusement pour moi, sa femme ne travaille plus au restaurant depuis son AVC, sinon ce porc en aurait pris pour son grade !

Il me fixe d’un regard noir, les pupilles dilatées, ça a bien sniffé avec Mardinan. Et il me réprimande le défoncé des beaux quartiers.

Des gouttes de sueur perlent sur son front et roulent sur ses joues boursoufflées. Écœurant. Ce n’est pas de la grossophobie. Il est juste dégoûtant dans tous les sens du terme.

— Mademoiselle Lalande ! Comment avez-vous osé lever la main sur monsieur Mardinan ?

— De la même façon qu’il a pressé mon postérieur avec ses sales pattes ! réponds-je, du tac au tac.

— Ce n’est pas une question.

— Ah bon ? demandé-je, l’air innocent.

Il ne manque plus que l’auréole pour camoufler mon insolence.

— Vous aurez de la chance s’il ne porte pas plainte contre vous !

J’hallucine. Il a vraiment dit ça ?

— Oooh mais qu’il le fasse ! Je ne me gênerai pas pour raconter à la presse comment un membre du gouvernement pense avoir l’autorisation de peloter les fesses des serveuses. Le droit de cuissage n’existe plus depuis longtemps. Honte à vous, de prendre le parti d’un tel comportement ! rétorqué-je, d’une voix glaciale plus froide que la banquise.

— Taisez-vous ! Vous êtes virée !

Euh, Je n’ai pas, mais pas du tout anticipé le limogeage. C’est la cata. Mais je reste de marbre et conserve mon calme.

Je retire cette maudite cravate imposée pour le service, et je m’assieds en fixant mon patron droit dans les yeux. Je ne le crains pas le porcelet. Je l’imagine sur une rôtissoire, pour me donner contenance et ne pas sangloter. J’avoue tenter de ne pas éclater de rire. Il est indispensable que je garde mon sérieux.

— Que faites-vous ? demande Grivois, hébété de me voir m’installer.

— J’attends le courrier expliquant le motif de mon renvoi, rétorqué-je, la tête haute et les bras croisés.

— Vous le recevrez par lettre recommandée.

— Alors, donnez-moi une attestation qui confirme que vous m’ordonnez de quitter l’établissement. Je n’abandonne pas mon poste. Vous me congédiez. Par ailleurs, je pense que mon avocat et le conseil des Prud’hommes dénonceront sans aucun doute un licenciement abusif. Je n’en resterai certainement pas là en tout cas.

Eh paf ! prends ça dans les dents ! En fait, je n’ai pas les moyens de m’offrir les services d’un défenseur, mais ce demeuré l’ignore.

Il fronce les sourcils et me jauge d’un regard glaçant qui ne m’impressionne pas le moins du monde. Je ne baisse pas les yeux. Pas question, de partir sans demander mon reste. J’ai besoin de mes allocations de chômage tant que je n’ai pas trouvé un autre job. Si j’abandonne mon poste, pas d’indemnités.

— Très bien, répond-il, en posant son imposant postérieur sur son fauteuil de bureau, qui couine de souffrance sous le poids.

J’attends qu’il s’acquitte du document. Les jambes croisées, mon pied gauche tape sur le sol. Je peux lire l’irritation sur le front de Grivois. Je redouble donc la pression du claquement de mon talon en pensant à Riverdance. J’obtiens un bon tempo. Je souris et j’observe le visage du patron se déformer de colère. Toujours ça de pris.

Il finit par me tendre une lettre sur laquelle il précise ne plus avoir besoin de mes services à compter de ce jour.

Je lui demande d’ajouter l’heure et d’apposer le tampon du restaurant près de sa signature. Je n’ai aucune idée de la validité de son gribouillis, mais il est au moins signé.

— Je pense que la presse va se réjouir de ce nouveau scandale concernant Mardinan. Je vais tout de suite contacter mon avocat, au cas où vous et votre cher ami tenteriez des représailles à mon encontre. Au plaisir de ne jamais vous revoir.

Je tourne les talons avec dignité. Sans rien ajouter, je quitte le restaurant la tête haute sous le visage compatissant de mes collègues. Je leur décoche mon plus beau sourire, enfin je crois. Dans mon esprit, je suis dévastée, c’est vraiment la méga catastrophe.

Comme si la météo se moquait de moi, je sors sous des trombes d’eau. Dégoulinante de la tête aux pieds, je rejoins le métro pour me rendre dans mon « luxueux » quartier. 

En arrivant dans mon petit cocon, je file dans mon placard rebaptisé salle de bain, pour me réchauffer sous une douche bien chaude. J’aperçois ma chevelure dans le miroir. Elle ressemble à un balai serpillère espagnol. 

Je pressens une vague de tristesse et avant qu’elle ne déferle, je saute dans le bac à douche et laisse l’eau douce me réconforter. Après avoir vidé le petit ballon d’eau chaude, je me sèche et je revêts mon doux peignoir.

Puis, je m’écroule sur mon lit en pleurant de rage. Je ne supporte pas les injustices. Je n’ai pas l’intention d’accepter d’être traitée ainsi, mais je ne possède pas les finances pour engager un avocat. Jusqu’à présent, je ne gagnais pas trop mal ma vie, même si en réalité, j’avais souvent l’impression de la perdre.

J’ai, ou plutôt j’avais un métier, mais les horaires m’empêchaient de profiter pleinement de la découverte de Paris ou de rencontrer de nouveaux amis.

Toutefois, mon salaire me permettait de payer mon loyer et mes factures, pas de quoi me plaindre. Suivant les mois et les dépenses incontournables, je suis même parvenue à économiser. Quant aux pourboires, ils apportaient du beurre dans les épinards. Bon, OK, je n’aime pas ça, alors disons plutôt dans le riz, on se comprend.

Enfin bref, ma petite vie ne m’enchante guère, mais je possède, pour le moment, un toit sur la tête, dans les combles. Eh oui ! les mansardes coûtent moins cher.

Je mange à ma faim, un peu trop parfois. J’adore me goinfrer de gaufres liégeoises avec toutes leurs perles de sucre, miam ! Mon plaisir secret. Sans doute pas très glamour, mais peu importe, il me convient.

Je dégotte des vêtements sympas dans les friperies. Parfois, ou plutôt rarement, je sors faire la fête avec quelques connaissances

J’étais aussi très fière d’avoir été promue chef de rang l’année dernière, grâce à madame Grivois. Maintenant, je dois réfléchir à mon avenir, car si je ne retrouve pas rapidement un emploi, il me sera impossible de conserver mon petit bijou. Je nomme ainsi mon petit studio que j’ai décoré avec du recyclage. Je m’y sens tellement bien. Je l’ai aménagé en majorité avec du mobilier récupéré sur le trottoir.

Les gens jettent des meubles et des objets pratiquement neufs. Alors, dès que j’en vois un qui peut m’être utile, je l’embarque. Le soir, en rentrant du travail, je découvre souvent ces trésors abandonnés au vu et au su de tous, prêts à trouver un nouveau domicile.

Pour mon petit canapé et le bahut, ce fut compliqué. Heureusement, le mari de la concierge m’a aidé à les transporter. Un brave homme, très serviable, qui se montre toujours aimable, même avec les locataires les plus récalcitrants, les « carrément méchants, jamais contents. » Ça décrit bien certains voisins qui pètent plus haut que leur derrière, et je reste polie. Je ne sais pas pourquoi je pense à Alain Souchon, n’importe quoi ! J’ai cette manie des chansons qui s’invitent dans le petit pois qui me sert de cerveau. 

Je cède facilement à la vulgarité quand je pense à Grivois, Mardinan et leur clique. Des détritus de la société qui pensent que leur position au sein du gouvernement leur donne tous les droits. Apparemment, là-haut, c’est une affaire courante d’être impliqué dans des affaires criminelles.

Je vis dans la capitale depuis plus de cinq ans presque six. J’ai quitté ma ville natale d’Arcachon, en Gironde, après une rude épreuve. Elle m’a assez traumatisée et amenée à une grosse déprime. À présent, ça va mieux, c’est liquidé, terminé, oublié, libérée, délivrée… Oh non ! pas cette chanson. Eh oui, ça continue.

Reprenons. Non pas les paroles, mais la suite de mon histoire.

J’ai donc décidé de changer d’air et de tenter ma chance dans la Ville de lumière. Parfois l’herbe n’est pas vraiment verte ailleurs, je vous le certifie et pas à Paris. Tout coûte une fortune, surtout les loyers.

Par chance, lors de mon arrivée, une amie de ma mère m’a offert de me loger en attendant que je trouve un appartement. Honnêtement, cette femme est un modèle de générosité. Je ne sais pas comment elle supporte ma génitrice, car je ne suis pas fan d’elle et vice-versa, et c’est peu dire. Elle pense qu’avoir une fille lui fait de l’ombre. Oui, ça vole très bas. Elle n’a pas inventé l’eau chaude, ça, c’est certain. Enfin bref, elle n’a pas la lumière à tous les étages.

Au bout d’un an, une de mes collègues m’a proposé de reprendre son logement. Elle quittait Paris, pour vivre à Marseille avec son compagnon. C’est ainsi que j’ai emménagé dans mon petit bijou.

J’aime le Paris des touristes, avec ses fabuleux monuments, dont le Sacré-Cœur, mon préféré, duquel j’admire la capitale. Pendant mes jours de repos, j’adore me promener sur la Butte de Montmartre, la place du Tertre ou dans le jardin du Luxembourg. En revanche, j’exècre le capharnaüm de la capitale, sa pollution, sa circulation et le vacarme incessant des klaxons des conducteurs impatients.

Désormais, pour cause de délit d’enfoirés, ma situation change du tout au tout. Comment survivre dans une métropole sans un salaire fixe ? J’abhorre et repousse immédiatement l’idée de demander de l’aide à ma famille. De toute façon, je sais que c’est perdu d’avance, et c’est tant mieux. Mis à part ma venue au monde, je ne leur dois rien et je ne veux rien d’eux.

Ressasser le passé ne m’apportera pas de quoi me nourrir. Allez, Adriana, on se secoue les puces.

Terminé de m’apitoyer sur mon sort.

Je me lève et je ne bouscule personne. Pour ça, il faudrait être deux dans mon lit. Claude François, sors de ma tête !

Je retire des mouchoirs de la jolie boîte que j’ai moi-même fabriquée et décorée. J’essuie mes larmes et mon nez, sinon c’est crade, ça dégouline sur les fringues. 

J’allume mon cher MacBook, oui, j’idolâtre mon ordinateur. Bien pathétique, mais Mister Mac est mon fidèle compagnon depuis quatre ans. Avec lui, je ris, je pleure en regardant des films ou des séries. Je l’utilise aussi pour toutes les démarches administratives. J’écris parfois dans mon journal personnel, pour évacuer de très mauvaises pensées au sujet de celle qui m’a donné la vie.

Maintenant, c’est plutôt quand j’ai le temps et lorsque j’ai quelque chose de spécial à raconter.

Malheureusement, c’est rarement le cas, ma vie s’avère être d’une platitude extrême.

À l’exception d’aujourd’hui ou quand ma meilleure amie me débauche lors de ses visites. La vie banale d’Adriana se décrit sans excès et sans surprise, rasoir au possible.

Pour l’heure, je commence mes recherches d’emploi. Je découvre de multiples offres dans la restauration. Je les lis les unes après les autres sans me réjouir et sans postuler. Je me renfrogne et m’éloigne de l’écran en regardant dans le vide.

Finalement, suis-je de nouveau prête à subir le travail le week-end, les heures indues, le comportement de certains clients, la mauvaise humeur des collègues ou d’un patron hargneux, tout ça pour survivre dans la capitale ?

J’entends déjà les reproches de ma « chère mère ».

— Adriana, tu n’es vraiment bonne à rien mis à part fuir et mentir. Voilà de quoi tu es capable dans ta misérable vie.

Je préfère cesser d’imaginer ses remontrances pour ne pas me morfondre sur une bonne relation mère-fille que je n’ai jamais connue.

Ah oui, mon prénom. La fameuse explication dont ma génitrice est si fière. Celle qui ne s’est jamais comportée comme une « maman » avait jeté son dévolu sur Christian Karembeu. Je ne lui jette pas la pierre, il était plutôt canon.

Par ailleurs, on peut se poser la question de savoir si elle n’est pas surtout fan des footballers plutôt que du jeu. Enfin, au prix où ils sont payés, le terme jeu est loin d’être approprié.

Quant à moi, je n’ai jamais apprécié le football parce que justement elle l’adore. Je n’ai rien contre. Les goûts et les couleurs, comme on dit, ça ne se discute pas. Cesse de digresser Adriana !

En mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit, année où je vis le jour, elle m’a donné le prénom de la femme de Christian Karembeu : Adriana, le super top-modèle.

Déjà à l’époque, je ne possédais aucune ressemblance avec le mannequin. À ma naissance, j’avais une chevelure brune et bien fournie qui recouvrait ma tête ronde. Sans oublier que je suis restée un petit bout de choux potelé jusqu’à mon adolescence.

Heureusement, j’ai grandi. Je n’affiche tout de même pas une taille top-modèle avec un mètre soixante-cinq et mes soixante kilos. Mais, je m’égare une fois de plus.

Je dois me projeter dans les années à venir et tout ce que je trouve à faire est de bayer aux corneilles. Par ailleurs, je me demande pourquoi l’on utilise une telle expression. Bon, aucune importance. Pour l’heure, une sérieuse réflexion sur mon futur s’impose. 

Adriana, arrête de digresser ! Focalise plutôt sur ton avenir, qui à ce jour ne paraît pas très reluisant, fustigé-je.

Quelle heure est-il ? Vingt et une heures quinze s’affichent sur mon écran. Parfait, j’ouvre mon application pour appeler en vidéo ma meilleure amie, Chloé. J’attends avec impatience qu’elle décroche.

Je t’attends, je t’attends, tout le temps… et voici Johnny qui s’immisce entre mes deux neurones, décidément, je mets la variété française à l’honneur.

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Chapitre 1

L'interphone retentit.

– Gwen ? Que fais-tu ? hurla Simon.

– Je traduis le dernier compte-rendu, répondit Gwen d’un ton soumis.

– Viens immédiatement ici !

–  J’arrive tout de suite.

Gwendoline ne perdit pas de temps et se rendit dans le bureau de Simon. Elle était inquiète, il s'est encore levé du mauvais pied, ce qui ne présageait rien de bon pour elle. Assis nonchalamment sur le canapé, un sourire fleurit sur son visage lorsque son regard se posa sur elle, ce qui ne la rassura pas. Il lui ordonna de s’approcher. Gwendoline s’exécuta immédiatement.

Une fois près de lui, Simon saisit brutalement son bras et le serra très fort.

« Encore un bleu, » pensa Gwendoline.

– Tu vas rentrer à la maison et te changer. Tu porteras les vêtements qui se trouvent dans ce sac. Ils vont te plaire, ils sont très attirants. Nous soupons avec les deux Guatémaliens, ils t’apprécient énormément. Tu vas flirter avec eux et tu les accompagneras dans leurs chambres d’hôtel, ils ont besoin de se détendre.

– Mais Simon ?

– Pas de "mais, Simon" ! Tu feras ce que je t’ordonne ! hurla-t-il en la jetant au sol.

Gwendoline sentit une vive douleur aux genoux, les larmes lui montèrent aux yeux. Simon sourit cruellement.

– Debout et arrête ton cinéma ! Tu vas leur donner tout ce qu'ils te demandent et assouvir leur moindre désir ! C’est bien compris ? Alors ?

– Oui Simon, répondit Gwendoline d’une voix presque inaudible.

– Parfait ! Le chauffeur t’attend pour t’accompagner à la maison, il viendra te rechercher dans deux heures précises. Essaie de t'arranger et de ressembler à une femme attirante pour une fois dans ta vie et non pas à une nonne ! N’oublie pas le sac de vêtements !

Gwendoline aurait aimé lui dire ce qu’elle pensait de lui, mais provoquer la colère de Simon s’avérait être une mauvaise idée. La veille, il l'avait violemment attrapée par les cheveux et traînée de la salle de bain à la cuisine parce qu’il n’avait pas apprécié qu’elle veuille prendre une douche avant de préparer leur repas. Son cuir chevelu était encore endolori. Il l’embrassa brutalement puis la repoussa, Gwendoline s’enfuit sans oublier les vêtements.

Dans son bureau, elle récupéra son sac à main. Gwen était convaincue qu'il utilisait son portable pour la suivre à la trace. Elle cacha son téléphone dans le fond du tiroir de sa table de travail qu’elle ferma à clé.

Elle regarda autour d'elle pour s'assurer que tout était en ordre, saisit sa veste et sortit précipitamment. Elle tremblait des pieds à la tête.

« C’est maintenant ou jamais, » pensa-t-elle. « Il est hors de question de coucher avec ses deux hommes, je ne deviendrai jamais sa prostituée de luxe. »

Gwendoline rejoignit la voiture de service qui l'attendait devant l’immeuble. Elle s’installa à l’arrière du véhicule perdue dans ses pensées. Elle n’adressa pas la parole à l’employé de Simon, préférant énumérer dans sa tête ce qu'elle devait accomplir. 

« Je ne dois rien oublier. Passer à la banque le plus rapidement possible pour récupérer ce que j'ai caché dans mon coffre, me rendre à la gare discrètement et contacter Virginie. » 

La voiture s’arrêta devant la résidence de Simon. Le chauffeur parla pour la première fois ou plutôt donna un ordre.

– Je viens vous chercher à seize heures. Soyez prête !

– Très bien, cela me laisse deux heures pour me préparer, répondit-elle.

« J'espère que le laquais de Simon ne soupçonne pas que je n'ai pas l'intention d'être là lorsqu'il sera de retour. »

Elle entra précipitamment après avoir désactivé l’alarme qui avertirait Simon qu'elle était bien arrivée. Elle se rua dans la chambre qu’elle partageait avec lui et jeta le sac de vêtements sur le lit. Elle retira son portefeuille de son sac à main.

Elle continua de se préparer tout en ruminant, se déshabilla rapidement, revêtit un jean noir, un tee-shirt et une veste légère. C’était le printemps et la température était douce, elle n'aurait pas froid. Elle enfila une paire de ballerines puis elle s'empara d'un sac de sport qu'elle utiliserait pour retirer ses biens de la banque.

Elle n'avait pas le temps de s'attarder sur son apparence. Malgré toutes les remarques désobligeantes de Simon, Gwen était une femme confiante. Élancée, elle possédait de longues jambes bien modelées. Elle portait ses rondeurs avec assurance. Sa poitrine était en proportion avec son buste. Son visage était oblong, racé, ses lèvres n’étaient ni fines ni excessivement pulpeuses, mais bien dessinées. Elle aimait ses yeux d'un bleu saphir, ses fossettes accentuaient son sourire et ses longs cheveux ébène ondulaient sur toute leur longueur.

Gwen se précipita jusqu’à la porte de sortie située derrière la résidence. Elle l'entrebâilla pour contrôler que personne ne se trouvait aux alentours, la voie était libre. Elle courut jusqu'au coin de la rue et se retrouva très vite devant l’arrêt d'autobus. La chance est avec elle, un car venait de s’arrêter. Elle paya son ticket au chauffeur et s’installa soulagée au fond du bus.

Le trajet pour se rendre à la banque dura vingt minutes, elle eut le temps de se calmer. 

« Si je m'en sors vivante, je n'oublierais jamais cette journée. Comment avais-je pu tomber dans ses filets et être aussi naïve et stupide !

L’arrêt se situait pratiquement devant l’institution bancaire, elle ne perdit pas de temps et entra dans celle-ci d'un pas rapide. Par chance, un guichet venait de se libérer.

– Bonjour, Madame. J’aimerais me rendre à mon coffre, s’il vous plaît.

– Bonjour, Mademoiselle, bien sûr. Auriez-vous une pièce d’identité ?

– Oui.

Gwendoline lui présenta son permis de conduire. L’employée l'examina. 

– Vous n'avez pas de carte d'identité ?

– Je l'ai perdue récemment ... je vous avoue ne pas avoir eu le temps de faire les démarches nécessaires. … Je suis confuse. …

« Tu as l'air plutôt sympathique, prends pitié de moi, » pensa Gwen. 

– Nous n'acceptons pas le permis de conduire comme pièce d'identité, l'informa l'employée.

– Je comprends. Pourriez-vous contacter Monsieur Barthélemy ? enquit Gwendoline.

– Vous le connaissez ?

– Bien entendu ! Il a pris en charge l'ouverture de mon compte et m'a conseillé de prendre un coffre, afin de sécuriser tous mes documents importants. S'il vous plaît, je dois absolument me rendre à mon coffre, plaida-t-elle. Je suis certaine que votre supérieur acceptera de me rencontrer.

– Entendu, je vais voir si monsieur Barthélemy est libre. Je vous en prie, asseyez-vous.

– Merci. Si vous n'y voyez aucune objection, je préfère patienter ici, je suis assez pressée. 

– À votre convenance, cela ne me prendra que quelques minutes.

L'employée se dirigea vers les bureaux situés derrière les guichets. Gwen trépignait d'impatience, mais elle n'avait pas le choix, elle devait accéder à son coffre. La guichetière revint vers elle. 

« Allez ! … dépêchez-vous, je n'ai pas toute la vie devant moi. Elle risque même d'être rapidement écourtée si Simon s'aperçoit de mon départ, » pensa Gwen.

– Il sera là dans un moment mademoiselle, prévint l’employée.

– Merci de votre amabilité, répondit Gwen.

– Je vous en prie, c'est tout naturel.

Un homme d'une cinquantaine d'années se joignit à elles.

– Mademoiselle Durand ! Comment vous portez-vous ?

– Monsieur Barthélemy, très bien, merci. Je suis enchantée de vous revoir. Je suis désolée de perturber votre emploi du temps si chargé. 

– Je vous en prie, vous m'apportez une agréable distraction. En quoi puis-je vous être utile ?

–Votre employée m'a informée que les modalités de visite des coffres requéraient une carte d'identité. Je ne possède malheureusement que mon permis de conduire.

– Mademoiselle Durand, pour vous, nous allons faire une exception à la règle. Je vous connais puisque j'ai eu le privilège de vous présenter notre banque, ainsi que nos différents services. Madame Dupuis, j'accompagne mademoiselle Durand aux coffres, précisa monsieur Barthélemy.

– Madame, merci de votre aide, je vous souhaite une excellente fin de journée, ajouta Gwendoline pour l’employée.

– À vous de même.

Gwendoline, en compagnie de monsieur Barthélemy, se rendit finalement aux coffres. Après avoir retiré le nécessaire à son évasion, elle fit ses adieux au responsable en le remerciant chaleureusement. Elle sortit précipitamment avec son sac de sport rempli d’argent liquide, d'un portable et d’une perruque.

Elle aurait préféré éviter de prendre un taxi afin de ne laisser aucune trace de sa destination, mais son temps était compté, elle n'avait pas le choix.

Sur le trajet qui la conduisait à la gare, elle réfléchit à ses prochaines actions. Elle tenta de calmer les battements rapides de son cœur. Elle était presque libre…

Le taxi ralentit en arrivant près de la gare, Gwendoline observa les badauds et n’en crut pas ses yeux. Devant le dépôt de taxis se trouvaient quatre hommes de main de Simon. 

« Sont-ils là pour moi ? Ça ne peut être que cela ! Ce n'est pas vrai ! Comment ces tarés ont-ils pu me localiser ? À voir ma tête, le laquais de Simon a dû se douter que j'allais tenter de m'enfuir. »

– S’il vous plaît, ne vous arrêtez pas, je dois effectuer une course de dernière minute. Pouvez-vous me déposer devant un supermarché ?

– Oui, ma p’tite dame, il y en a un à environ un kilomètre.

– Ce sera parfait, merci.

Gwendoline paniquait, elle devait impérativement se changer afin de ne pas être reconnue. Le taxi s’arrêta devant le magasin, elle paya rapidement le chauffeur et se rendit dans les toilettes inoccupées. Elle couvrit méticuleusement sa chevelure avec la perruque rousse que Simon n'avait jamais vue, en ne laissant dépasser aucune de ses mèches noires.

Elle saisit le portable qu’elle avait récupéré à la banque, heureusement, il était encore chargé. Elle appuya sur la touche 1, laissa sonner deux fois, son contact décrocha.

– Virginie ? C'est Gwen.

– Gwen, que se passe-t-il ?

– Je me suis échappée, mais je ne sais pas comment Simon l’a découvert. Ses hommes sont devant la gare pour m'intercepter. Il voulait que je couche avec des associés ce soir, je ne pouvais plus attendre, expliqua Gwendoline d’une voix brisée.

– Le bâtard ! s'écria Virginie.

– Oui, entre autres choses… Les hommes ne m'ont pas vue, j'en suis certaine, mais je suis coincée sans passeport ou pièce d'identité. Je vais essayer de me mettre à l'abri dans un hôtel, s’ils acceptent mon permis de conduire.

– Bonne idée. Envoie-moi un message avec les coordonnées et ton numéro de chambre. Les secours arriveront rapidement avec le jet de la compagnie. Ils devraient te rejoindre dans trois à quatre heures. Tout dépendra de la circulation entre Le Bourget et ton hôtel, j'en saurai plus quand j'aurai ton adresse. Le mot de passe pour leur ouvrir la porte c'est : LA MEUTE. Ils frapperont trois coups puis deux. N'ouvre à personne d’autre qu’eux, soit silencieuse. 

– Je ne sais pas comment te remercier de ton aide, Virginie.

– Pas de souci. Va te mettre vite à couvert et fais attention ! Ce soir tu seras en sécurité près de nous.

– Je serais prudente, merci.

Gwendoline prit de nouveau un taxi et demanda au chauffeur de l’emmener dans un hôtel pas trop loin de l’aéroport du Bourget. Pendant le trajet elle se remémora comment elle en était arrivée là.

Elle avait reçu un appel d’un assistant de Simon Lanvy qui confirmait qu’il l’engageait pour un contrat à durée indéterminée. Les premiers mois s’étaient déroulés sans aucune anicroche. Le directeur était satisfait de son travail et la complimentait régulièrement. 

Sous prétexte de discuter ses fonctions au sein de l’entreprise, il l’invitait souvent au restaurant. Il se présentait toujours comme une personne conviviale avec beaucoup d’attention, en somme un gentleman. Il lui offrit des fleurs, l’invita à des galas, des voyages, des spectacles et de fil en aiguille, ils finirent par être très proches. 

Il lui demanda rapidement de venir vivre avec lui et de rendre son appartement sous prétexte qu’il ne pouvait plus se passer d’elle. Il semblait si amoureux. Il était tellement tendre et attentionné. Gwen ne se serait jamais doutée que sous cette façade se cachait un homme cruel et dangereux. 

Elle commença à avoir des soupçons lorsqu’il oublia par mégarde des dossiers compromettants sur le bureau de son domicile. Elle avait été choquée de ce qu’elle avait découvert et ne savait pas quoi en faire. Mais elle décida de faire des photocopies et de les cacher.

Ensuite, elle décida de fouiller chez lui et au bureau sur l’ordinateur pour en apprendre plus. Simon changea doucement, il la rabaissait souvent, parfois il l’insultait. Puis le lendemain, il lui offrait des fleurs ou des cadeaux. Elle avait décidé de le quitter, mais elle se rendit compte qu’il avait pris sa carte d’identité, son passeport et son livret de famille. Elle ne savait plus que faire et décida de prévenir Virginie. Elle avait très peur et le craignait, mais lorsqu’elle avait découvert ses crimes et qu’il était responsable de trafics humains, elle décida de rester un peu plus longtemps pour s’assurer qu’elle possédait toutes les preuves de ses crimes.

Il commença par lui interdire d’assister à des réunions où elle aurait dû être présente. Crescendo, son comportement changea et il devint violent. Il la bousculait, la giflait, jusqu’au jour où il la battit si violemment qu’elle crut en mourir. Elle fut absente plus de deux semaines de son emploi. Il était temps qu’elle se sauve.

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© 2016 par Angeline Monceaux. Créé avec Wix.com

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